Illustration bannière: Arthur de Pins.

dimanche 26 septembre 2010

C'est un anniversaire qu'on préférerait oublier.


C'est un anniversaire qu'on préférerait oublier. 
365 jours de fuite vers l'avant, avec parfois le corps qui se souvient. 

Parfois, j'ai la tête qui bourdonne comme quand il m'a jeté à terre. Et le souvenir de la douleur aigüe qui m'a transpercé le corps quand j'ai touché le sol, mêlée à la douleur de mon coeur rempli d'amour pour lui qui vole en éclats. La vraie sensation d'un amour qui s'arrête là, nettement, sans retour en arrière possible. Le corps et le coeur réduits en miettes.

Bilan: traumatisme crânien.

Parfois, je me revois, les muscles de bras contractés, bandés, serrant bien fort pour protéger ma tête de ses coups de pieds. Et je comptais. Un, deux, trois, quatre, il va bientôt arrêter. Avec une seule obsession, comme un mantra « Pas de marques sur mon visage, pas de marques sur mon visage, pas de marques sur mon visage ». Comme si les bleus sur les jambes, les bras ou les mains ne se voyaient pas. Comme si ça excusait une partie de ce qui venait de se passer. Comme si c'était moins grave.

Bilan: 38 jours d'hématomes et de manches longues.


Parfois, je me souviens que malgré tout, je refusais de me laisser aller à pleurer ou à crier. Putain d'égo. Encaisser mais ne surtout pas pleurer. Avoir la force de se manger des mandales, mais pas celle de chialer. 
Comme si pleurer, c'était admettre que tout ça avait un impact sur moi.

Bilan: des jours et des nuits entiers à pleurer, après.


Un jour, soudainement, se défendre, dans un sursaut de survie et de rage. Le frapper, le mordre, le griffer, tout ce qui peut faire mal vite et bien. J'aurais pu le tuer, de souffrance contenue et d'envie de vengeance. Transformée en animal, je ne pensais plus qu'à me battre, et à lui faire mal.

J'ai vu le club de golf posé là, à côté de la porte. J'ai eu envie de le perdre, de le serrer de mes mains, si petites à côté des siennes, et de lui fendre le crâne en deux. Alors j'ai su que j'étais devenue comme lui. Et c'est ça qui m'a fait mal, bien plus mal que les coups, plus que les certificats médicaux, plus que l'humiliation d'avoir vécu ça: être devenue comme lui. 
C'est tout ce que je me refusais et qui m'a poussé à le fuir. C'est ce haut-le-corps de frénésie qui a fini de me dégoûter de lui. Je suis partie. J'en suis venue à penser comme lui, alors je suis partie.

Parfois, j'ai encore la sensation de l'insécurité ambiante, la peur sourde d'un coup ou d'un cri ancrée au ventre. A cela près que maintenant elle est immédiatement suivie de l'apaisement, de la fierté de m'être retrouver et du délicieux  goût de la revanche. 

Reste les cauchemars, toujours. Là j'ai pris perpet'.

Rêver de lui, retrouver les odeurs et les gestes, et la douceur qu'il savait aussi. Sursauter dans son sommeil parce qu'inconsciemment je sais que ce rêve tout doux occulte une partie de la vérité. Je me réveille avec la chair de poule et l'envie de crier, j'ai la nausée, mais je suis chez moi, en sécurité.

Je suis comme un animal sauvage, seule mais sereine dans ma tanière.
Depuis 365 jours.

18 commentaires:

Sophie L a dit…

Un récit émouvant... sans plus de commentaires. :)

Célibataire et Stupéfiante a dit…

C'est beau, émouvant, j'ai même eu une petite larme au coin de l'oeil... en plus c'est très bien écrit.

Etincelle a dit…

Ton texte m'a tellement touché que j'ai du attendre quelques minutes avant d'écrire ce commentaire.
C'est un triste anniversaire en effet.

Nikit@ a dit…

Chapeau pour ton courage ;o) D'abord celui qui t'a poussé à partir et celui dont tu fais preuve aujourd'hui, en nous faisant partager ces moments haut en douleur ! Bonne continuation ;o)

Bulle a dit…

Effectivement un bien triste anniversaire.
Je te souhaite sincèrement qu'au fil du temps et de ces "anniversaires" les cicatrices bien plus profondes que celles "physiques" s'estompent.
La phrase qui me viendrait spontanément serait "plus jamais", personne ne devrait "plus jamais" vivre de telles horreurs.

Eddye a dit…

C'est bouleversant, ton texte

maviedeboulet a dit…

Je ne trouve pas que ce soit un triste anniversaire et qu'il faille l'oublier : il y a un an, tu as eu la force de dire stop et de retrouver ta liberté. Alors, même si ça parait étrange, je te souhaite un très bon anniversaire. Bonne continuation :)

L'anonyme a dit…

Je suis d'accord avec Jul' -ma vie de boulet-.

Ton texte est super émouvant, mais non, il ne faut plus que ca soit triste.
D'autres années suivront et la reconstruction avec.

Et pour le coup, des bisous ! (j'ai hésité avec sabrer le champ', ca depend ce que tu preferes ^^)

Thé Citron a dit…

Je pense que c'est un bon anniversaire qu'il faut souhaiter. Ces 365 jours signifient que tu as eu du cran, du courage, de la force et plein de choses encore pour te révolter, pour reprendre ta vie en main. Je te félicite sincèrement pour cela. Tu as dû avoir des tas de journées atroces mais je crois que c'est loin de toi. Ca te rattrape, parfois, mais c'est le passé, c'est normal.
En tout cas, ces 365 jours sont une belle victoire.

PS : Tu te dis sûrement "mais de quoi j'me mêle tout ça elle sait pas ce que c'est tout ça". c'est vrai. mais on m'a toujours dit d'essayer le + possible de voir le positif dans toutes les situations. C'est ce que j'ai essayé de faire...

Begonia a dit…

Tu n'étais pas devenue comme lui ! Lui, frappait pour le plaisir de dominer, toi, pour te défendre... Ca n'était pas de ton côté de la violence gratuite, juste l'instinct de survie.

Je t'admire, parce que tu continues malgré ça à avancer et à faire confiance...

Bavardages et Medisances a dit…

@ Sophie L : :-)

@ Célibataire et Stupéfiante: Merci, mais il ne faut pas pleurer, hein! :-)

@ Etincelle: ça marque en tout cas pour moi la fin de quelque chose. Ou le début d'une autre...

@ Nikit@: j'en ai manqué pendant un moment... ET un jour j'ai lu une apostrophe de Sénèque: "Tirons notre courage de notre désespoir même."

@ Bulle: en effet, c'est ce que je me dis souvent... "plus jamais"

@ Eddye: merci Eddye.

@ maviedeboulet: c'est dans ce sens là que je préfère m'en rappeler.

@ L'anonyme: la tristesse que j'ai aujourd'hui, ce n'est plus pour moi: je suis passée à travers ça, lui est encore dedans, et tellement d'autres.
(et je préfère le champ' ;-) )

@ Thé Citron: merci beaucoup. Je vois ça aussi comme une victoire. En effet, ça me rattrape souvent, mais qu'est ce que je suis fière d'être là où je suis aujourd'hui....

@ Begonia: avancer, je le fais sans mal, mais la confiance, là c'est une question épineuse qui me prendra plus que 365 jours :-)

Ingrid | Mémorables oublis a dit…

Triste ? Certainement pas ! Ça serait regretter ce départ... Tu peux être fière de cet anniversaire

Anna a dit…

Happy birthday alors ma poule. Parce que tu as la chance de ne pas avoir eu le crâne fracass', toi ...

Sekhmet a dit…

Ah mon dieu ... j'ai eu des flashs en lisant ton texte et je sais pertinemment ce que tu a vécu. J'ai eu ces moment ou pour me protéger j'aurais pu tuer... Mais c'était y'a huit ans... Courage... et Bravo d'avoir eu le courage de partir...
nous sommes trop peu à avoir eu ce courage.

Gossip And The City a dit…

Love!

happylili a dit…

Gueule à terre et coeur serré... Emue comme rarement en pensant à ce que tu as traversé ; et un grand "youhouuuu" devant ton courage, celui d'être partie, celui d'avoir choisi de ne pas te transformer en vengeresse.

Alors un bon anniversaire, madame, et je t'en souhaite plein d'autres qui t'éloigneront de cette horreur.

Bavardages et Medisances a dit…

Merci mes petites cailles pour vos gentils messages, ça réchauffe mon coeur.

Anonyme a dit…

C'est un peu tardif, mais je viens de te lire. Quel chemin parcouru, je ne te connais pas mais je suis fière de toi, et comme l'on dit "vit, va, devient"
Veronica.