Je rêve d'une mère. C'est bête à dire, comme ça, parce que j'ai encore la mienne.
Mais je rêve d'une mère gentille, tendre, coquette, qui cuisine et qui s'inquiète de savoir comment je vais. Une maman quoi.
Ma mère, elle a fait 4 enfants, mais elle ne supporte pas le bruit. Si on me demande "souvenir d'enfance", la première chose qui me vient à l'esprit, c'est le bruit de ses chaussons qui frottent vite sur le carrelage, parce qu'on joue dans notre chambre mais qu'on fait trop de bruits. Alors elle venait vite vite vite nous sommer de nous taire. Va jouer en silence à 5 ans, toi.
Ma mère, elle est bordélique, elle garde tout, ça fait peur. J'ai par exemple cherché chez elle, la semaine dernière, une solution pour un début de mal de crâne. J'ouvre le placard, 57 boites empilées comme une partie de Tétris perdu me tombe sur le coin de nez. Je prends sur moi, je ne m'énerve pas, mais je trie, jette, range, organise. Comment peux t'on entasser des médicaments DEPUIS 2004? "De toute façon j'aurais rangé". C'était sûrement son merci à elle. Perso, ça me dépasse, je trouve ça dangereux, malsain... Bref.
Ma mère, je n'ai aucun souvenir d'avoir reçu un câlin d'elle. Aucun. Alors que des paires de baffes, je m'en souviens.
Ma mère, elle est très à cheval sur la politesse, les "merci", "au revoir"... Excessivement, je dirais. Du genre à faire la gueule 28 jours parce que tu ne commences pas la conversation téléphonique par "Bonjour".
Ma mère, et ça me désespère, n'est pas coquette. Elle a été très jolie, puis elle a arrêtée d'être coquette, de prendre soin d'elle. J'ai essayé de lutter contre ça, puis je me suis résignée. Ce n'était pas moi l'adulte. J'allais chez ma meilleure amie, et j'étais jalouse de sa mère si belle et apprêtée, même pour aller à la boulangerie. Alors je suis devenue comme ça, un peu.
Ma mère, elle fait cuire des pâtes puis les laissent dans l'eau, le temps de manger. De la purée ou des pâtes, va savoir après 30 minutes, toi. Elle ne cuisine pas avec soin, alors que j'aurais adoré partager ça avec elle.
Ma mère, elle a fait un enfant 20 ans après moi. L'enfant roi, le fils unique, le Zeus de la maisonnée. Les règles sont simples: ne jamais le contrarier, ne jamais lui refuser quoi que ce soit, le servir et le chérir.
10 ans de non-éducation: il n'a aucune valeur ni de respect pour rien, et nous sommes 4 aînés à nous demander comment Dieu ça peut être possible de créer de telles différences entre ses enfants. Cet enfant est impoli, grossier, égoïste, irrespectueux, gras car il se nourrit exclusivement de ce qu'il veut à l'heure qu'il veut.
Je me refuse désormais à tout commentaire sur le sujet, car évidemment, jamais elle ne se remettra en question. Elle en a fait un enfant qui sera certainement malheureux plus tard. J'ai des valeurs que lui n'aura pas apprise. Je n'ai pas reçu beaucoup, mais au moins l'essentiel. Lui aura trop eu, mais rien de précieux.
Je n'ai absolument aucun souvenir de mon enfance. Aucun. Elle est passée vite, sans faits marquants, sans jolis souvenirs à transmettre.
Je suis objective et je n'ai de la rancoeur pour rien, juste un petit peu de dépit. Peut être que la symbiose d'avoir une jumelle ne laissait pas trop de place au reste.
Je pensais, quand j'étais jeune, que je ne l'aimais pas assez, et je m'en voulais un peu. J'ai longtemps cherché à comprendre, puis j'ai compris, étant adulte, que nous étions simplement deux étrangères de la même famille. Ce n'est pas un manque d'amour, c'est juste qu'on ne se connait pas. Et c'est assez étrange. Je la respecte, mais je sais ses travers et son incapacité à dire les choses, alors on reste chacune de notre côté, parce que nous n'avons rien à partager.
Je suis bruyante, maniaque, câline, je fais les pâtes à merveille et al dente.
Je me suis construite à l'exact opposé d'elle. Alors ça me fonctionnera jamais, elle et moi.