Illustration bannière: Arthur de Pins.

samedi 21 juillet 2012

Le monde sonne faux.


Le matin, je m'isole avec mes écouteurs, et bien souvent mes lunettes de soleil. Je glisse. J'essaye d'imaginer, en musique, où courent les gens, d'où ils viennent, ce à quoi ils pensent. Est-ce qu'ils vivent des choses "normales? Est-ce qu'ils se fondent dans la normalité alors qu'ils vivent une drame intérieur? Est-ce que leurs costumes de journée ne sont qu'une carapace?


Je m'isole, et j'observe. Je me sens comme la narratrice d'un mauvais film.

Parce que si j'écrivais un film, les gens ne se perdraient jamais dans cette faille sans intérêt.

Si j'écrivais un film, il y aurait des rames de RER avec des laveries intégrées, et des Monoprix ambulants, et on pourrait se faire faire une manucure ou un brushing en prenant les transports en commun. On ne perdrait pas son temps à s'observer les uns les autres, à essayer de deviner nos noirceurs.

Si j'écrivais un film, ça serait Dirty Dancing tous les soirs, parce que "Noboby puts Baby on a corner", on ne se ferait pas chier, comme Connie dans Saturday Night Fever "Are you as good in bed as you are on the dance floor?", on ferait trop sa princesse et on ne se prendrait jamais des claclaques comme Leia "I love you. I know" (oh les boules).

J'ai fait un rêve perturbant. Offensant.
Dans mes songes, je dormais et je m'éveillais d'un cauchemar.  Dans mes songes, les 6 derniers mois écoulés n'étaient qu'un cauchemar que je venais de faire. J'émergeais. Je cherchais l'autre à tâtons dans le lit, je le trouvais, et une vague de soulagement intense me parcourait. De la tête aux pieds. Un sentiment fou de soulagement.
Même si je n'étais pas éveillée, je l'ai réellement senti glisser sur moi. J'ai senti dans mon ventre la force de l'apaisement.
Je me suis réveillée, dans ma vraie vie cette fois-ci, en sachant bien qu'à la minute où j'allais ouvrir les yeux, toute forme de soulagement allait disparaître.

Mes rêves me rattrapent et trahissent ce que je ne vois pas. Ce rêve est une brique de plus au mur de ma prison.

Les gens ne peuvent pas voir le matin, en me croisant, ce que j'ai combattu. Ce n'est écrit nul part. Juste dans mes tripes.
Et ça me hante la nuit, mais mes journées sont d'une normalité apaisante.
Le jour, mon rapport aux gens est sain, je parle de mes failles, de mes forces, de mes convictions, de ce que je me suis permis de devenir, de ma fierté à être moi.
Mais quelques nuits, les fantômes s'en donnent à coeur joie.

Je me réveille donc parfois le ventre et le coeur en bouillie et les larmes aux yeux, mais surtout, surtout, avec la conviction que si mes rêves me trahissent, c'est forcément parce que mes journées sont merveilleuses, et ne laissent pas la place à ça.
Il ne reste que mes rêves à piétiner, parce que je ne tolère pas qu'on s'attaque à mes journées, à mes sourires, à mes fou rires, à mes moments.

3 commentaires:

Lily a dit…

C'est cool que tu ne laisse rien abattre tes journées :)
Par contre, ce rêve, je l'imagine tellement bien... je crois que j'en pleurerais pendant des heures...

Poppy Rawson a dit…

Pfiou, j'ai encore la boule au ventre en lisant ton histoire... J'espère que tu te remets bien et que les réveils ne sont pas trop difficiles.

Ansofi a dit…

Je vis exactement la même chose. Je ne connais que trop bien les réveils difficiles. Et j'aimerai que mes journées soient apaisées....